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L'intelligence artificielle : un instrument de protection des fonds publics

18-08-2026 120

    Les infractions et les fraudes dans les marchés publics sont généralement détectées une fois que le problème s'est déjà produit. En Lituanie, en revanche, une nouvelle approche visant à repérer ces risques en amont a été mise en place. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a testé, en coopération avec le Service spécial d'enquête de Lituanie, un système qui recourt à l'intelligence artificielle pour détecter à l'avance les situations à risque dans les marchés publics. Après l'achèvement de la phase pilote en 2026, le modèle est passé au stade de la mise en œuvre pratique et du perfectionnement. Le système analyse les données relatives aux marchés publics, aux entreprises, à leurs propriétaires et aux infractions précédemment enregistrées, et détermine le niveau de risque de chaque contrat.

    Un aspect essentiel de l'expérience lituanienne est que l'intelligence artificielle ne remplace pas l'humain. Elle indique au contrôleur, parmi des milliers de contrats, les transactions auxquelles il convient de prêter attention en priorité. Le faible nombre de participants à un appel d'offres, les victoires répétées d'un même fournisseur, la conclusion systématique de contrats avec un donneur d'ordre déterminé ou l'existence de liens de propriété entre entreprises peuvent être considérés comme des indicateurs de risque. Selon les essais de l'OCDE, le seul examen d'un quart des contrats évalués comme les plus risqués par l'intelligence artificielle a permis de couvrir près de 60 % des cas d'infraction.

    Cette approche présente également un intérêt pratique pour l'Ouzbékistan. Les marchés publics y sont de plus en plus numérisés, et d'importants volumes de données s'accumulent sur les plateformes électroniques et dans les registres publics. Leur mise en relation au sein d'un système analytique unique permettrait de détecter plus tôt les risques liés à l'utilisation des fonds budgétaires. Il n'est toutefois pas nécessaire de reproduire intégralement le modèle lituanien. Dans un premier temps, il serait opportun de mener un projet pilote dans certains secteurs à fort volume d'achats ou auprès des grands donneurs d'ordre publics.

    Le système pilote pourrait comparer les données sur les marchés publics avec le registre des personnes morales, les informations sur les fondateurs d'entreprises et d'autres bases d'information légalement accessibles, afin d'établir un « indice de risque » pour les contrats. Les appels d'offres à faible concurrence, la participation d'entreprises liées entre elles, les écarts de prix marqués ou les contrats répétés avec un même fournisseur seraient automatiquement soumis à l'attention d'un analyste. Il ne s'agit pas d'une détermination automatique de la culpabilité, mais d'un instrument permettant de répartir efficacement les ressources de contrôle.

    Sur le plan économique également, un tel système pourrait constituer une solution avantageuse pour l'Ouzbékistan. Le recours à des logiciels à code source ouvert réduit des dépenses importantes, l'effort principal portant sur la mise en ordre et l'interconnexion des données publiques. Tout en préservant le contrôle humain, l'intelligence artificielle aide à détecter précocement les situations à risque, à économiser le temps des contrôleurs et à utiliser plus efficacement les fonds budgétaires.

    Source : OCDE, « AI-driven fraud detection and digital transformation in law enforcement in Lithuania »

    Alisher Azizov Centre de développement durable — spécialiste principal