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LE DÉVELOPPEMENT AU-DELÀ DES CHIFFRES : COMMENT LE NOUVEL OUZBÉKISTAN SE TRANSFORME

29-04-2026 124

    Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, le prestige des États ne se mesure pas seulement à leur situation géographique, à leurs ressources naturelles ou à leur puissance militaire, mais également aux perceptions qui se forment à leur sujet — la confiance, la transparence et la stabilité. Les classements et indices internationaux jouent un rôle particulier dans la formation de ces perceptions. Semblables à un miroir du monde contemporain, ils reflètent l'image de chaque pays — parfois sous un éclairage favorable, parfois en révélant ses lacunes.

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    Les classements et indices internationaux sont devenus un instrument d'information essentiel, façonnant l'opinion publique sur le développement politico-juridique des États, le rythme des réformes engagées et leur capacité institutionnelle. L'un de ces instruments est l'Indice de l'État de droit (Rule of Law Index), établi par le World Justice Project (WJP). Le WJP se définit comme une organisation indépendante et multidisciplinaire vouée à la promotion de l'État de droit à l'échelle mondiale ; il trouve son origine en 2006 en tant qu'initiative de l'American Bar Association et fonctionne depuis 2009 comme une structure à but non lucratif autonome. Selon les données officielles de l'organisation, l'indice 2025 couvre 143 pays et juridictions, s'articule autour de 8 facteurs et de 44 sous-facteurs, et repose sur des enquêtes auprès de plus de 215 000 répondants ainsi que sur les réponses de plus de 4 100 juristes et experts. Ce rapport mérite donc d'être abordé non pas comme une revue superficielle, mais comme une source analytique sérieuse.

    Selon le rapport WJP 2025, l'Ouzbékistan a occupé la 81e place parmi 143 États et la 8e place parmi 15 pays du sous-groupe Europe de l'Est et Asie centrale. L'aspect le plus significatif réside dans le fait que, dans un contexte où les scores de l'État de droit se sont dégradés dans 68 pour cent des pays du monde, l'Ouzbékistan figure parmi les rares États dont les résultats se sont améliorés. Le rapport indique également que le pays a occupé la 17e place mondiale et la 1re place régionale au titre du facteur « Ordre et sécurité » (Order and Security), la 67e place pour l'« Absence de corruption » (Absence of Corruption), la 73e place pour la justice civile (Civil Justice) et la 68e place pour la justice pénale (Criminal Justice). Un autre aspect important mérite d'être relevé : le rapport constate que dans de nombreux États, l'indépendance du pouvoir judiciaire est soumise à des pressions et que les systèmes de justice civile s'affaiblissent, tandis que de telles évolutions négatives ne sont pas relevées dans le cas de l'Ouzbékistan.

    À ce stade, il convient de formuler avec précision la question centrale : il ne s'agit pas seulement de savoir « quelle est la place de l'Ouzbékistan ? ». La question fondamentale est de savoir « quelle réalité politique, sociale et culturelle se dissimule derrière cette position ? ». Car tout indice, aussi professionnel et rigoureux que soit sa méthodologie, repose inévitablement sur une approche théorique déterminée. Le WJP lui-même précise dans sa méthodologie que l'indice ne mesure pas le tableau complet de la situation d'un pays, mais seulement certaines dimensions de l'État de droit à travers un ensemble défini de facteurs. Il est donc plus approprié de considérer de tels classements non comme des verdicts définitifs, mais comme des signaux importants pour l'analyse.

    Cette approche est, au fond, cohérente avec la logique même de l'agenda international. L'Agenda 2030 des Nations Unies précise expressément que les objectifs de développement durable sont universels pour tous les États, mais que leur mise en œuvre doit tenir compte des « différentes réalités nationales, capacités et niveaux de développement », et que le respect des politiques et priorités nationales doit être préservé. Autrement dit, la communauté internationale elle-même reconnaît la nécessité d'évaluer les progrès non pas à l'aune d'un modèle unique, mais en tenant compte du contexte national, des institutions et des spécificités internes de chaque société. Dès lors, évaluer l'Ouzbékistan exclusivement à travers des critères politico-juridiques forgés dans un contexte occidental ne donne pas toujours une image complète et objective.

    Cela est particulièrement vrai pour des critères tels que l'ouverture de la gouvernance (Open Government), les droits et libertés fondamentaux (Fundamental Rights), la participation civique (Civic Participation), la liberté d'opinion et d'expression (Freedom of Opinion and Expression), et la liberté de réunion et d'association (Freedom of Assembly and Association) — dont les manifestations diffèrent sensiblement d'une société à l'autre. Dans les pays occidentaux, la participation civique s'exprime principalement à travers les organisations non gouvernementales, les manifestations publiques, les médias indépendants et la culture du lobbying, tandis que dans les sociétés d'Asie centrale, elle se réalise également à travers la mahalla (organe d'autogestion communautaire de proximité), la famille, les liens de bon voisinage, la délibération collective et la solidarité sociale. Évaluer tous les pays selon un ensemble unique de critères politico-culturels ne permet donc pas toujours de rendre compte d'un tableau complet et impartial.

    L'expérience des États étrangers démontre également qu'une position élevée dans les classements ne signifie pas automatiquement une situation idéale. Le Rapport 2025 de la Commission européenne sur l'État de droit (Rule of Law Report) reconnaît explicitement que des évolutions à la fois positives et négatives existent dans tous les États membres de l'Union européenne. Le document relève que, parallèlement aux progrès accomplis dans les domaines du système judiciaire, des mesures anticorruption, du pluralisme et de la liberté des médias, ainsi que du système de freins et contrepoids (checks and balances) entre les pouvoirs, des problèmes non résolus demeurent. Cela démontre en soi qu'un classement élevé ne signifie pas l'absence de problèmes.

    L'exemple de la France illustre ce constat de manière encore plus manifeste. Selon les données d'Eurostat, en 2023, la France figurait parmi les États membres de l'Union européenne affichant les taux de surpopulation carcérale les plus élevés, avec un taux de 122,9, l'Italie enregistrant quant à elle 119,1. Il apparaît ainsi que même dans des États dont les institutions juridiques sont largement considérées comme avancées, des difficultés sérieuses liées à l'exécution des peines, aux conditions de détention et au respect des normes humanitaires peuvent subsister. Une position plus élevée dans le tableau des classements ne signifie pas toujours que tous les problèmes de la vie réelle ont été résolus.

    La situation au Royaume-Uni conduit à une conclusion similaire. Selon les statistiques officielles publiées par le ministère de la Justice britannique en mars 2026, au 31 décembre 2025, le nombre d'affaires en attente de jugement devant la Crown Court — juridiction compétente pour les infractions pénales graves — avait atteint 80 203. Il s'agit du chiffre le plus élevé de la série d'observations concernée : l'ancienneté médiane d'une affaire en instance était de 188 jours et le nombre d'affaires ouvertes depuis plus d'un an atteignait 21 002. Ces données démontrent que, même dans des systèmes judiciaires jouissant d'une solide réputation internationale, les difficultés liées à l'accumulation des affaires, aux délais de traitement et à l'accès rapide à la justice demeurent prégnantes.

    L'exemple des États-Unis illustre plus clairement encore l'écart entre les positions dans les classements et la réalité dans les domaines de la sécurité et de l'ordre public. Selon les données officielles du Federal Bureau of Investigation pour 2024, un acte de violence est commis en moyenne toutes les 25,9 secondes dans le pays et un homicide est enregistré en moyenne toutes les 31,1 minutes. Cela ne signifie pas que le système juridique américain est défaillant. Cela démontre néanmoins que des institutions solides et des classements internationaux relativement élevés ne garantissent pas automatiquement un niveau élevé de sécurité au quotidien, même dans les États développés.

    Considérées sous cet angle, l'une des atouts les plus importants de l'Ouzbékistan réside dans ses résultats concrets dans les domaines de la sécurité et de l'ordre public. Le rapport WJP lui-même classe le pays à la 17e place mondiale et à la 1re place régionale pour le facteur « Ordre et sécurité ». Il ne s'agit pas d'un simple chiffre statistique. C'est un indicateur significatif que le pays maintient un environnement relativement stable dans la vie quotidienne, des quartiers paisibles, l'ordre public et le bon exercice des fonctions fondamentales de l'État en matière de sécurité. Le discours international porte beaucoup sur la liberté et les institutions, mais la sécurité est une condition indissociable de la dignité humaine. L'individu ne peut jouir pleinement de ses droits qu'à la condition d'évoluer dans un environnement concrètement sécurisé. En ce sens, les résultats de l'Ouzbékistan dans ce domaine méritent d'être étudiés sérieusement par de nombreux États.

    Un autre atout notable de l'expérience du Nouvel Ouzbékistan est que les réformes commencent à se manifester non plus seulement sur le papier, mais de manière tangible dans la vie des citoyens et des entrepreneurs. Au mois d'avril 2026, les résultats pratiques des réformes visant à simplifier les services publics, à améliorer l'environnement des affaires et à stimuler l'activité d'investissement deviennent de plus en plus visibles. Selon les données du Comité national des statistiques, au 1er avril 2026, l'Ouzbékistan compte 577 200 entreprises et organisations en activité, dont 421 969 entités entrepreneuriales et 417 250 entités de petite entreprise. Le nombre d'entreprises opérant avec une participation de capitaux étrangers a atteint 19 072, dont 4 392 entreprises conjointes et 14 680 entreprises étrangères. Ces données témoignent du fait que les réformes visant à réduire les obstacles administratifs, à créer un environnement propice à l'entrepreneuriat et à attirer les capitaux extérieurs se poursuivent de manière soutenue dans le Nouvel Ouzbékistan en 2026.

    Un autre atout distinctif de l'Ouzbékistan réside dans sa capacité à s'appuyer sur les formes nationales de participation civique. L'Analyse commune de pays des Nations Unies pour l'Ouzbékistan (Common Country Analysis, 2025) note la création de l'Association des Mahallas d'Ouzbékistan, qui regroupe plus de 9 000 mahallas. Le document souligne que, dans chaque mahalla, une « Sept de la mahalla » [«Mahalla yettilik» — organe collégial composé de sept représentants de la communauté locale] a été constituée, avec pour mission d'exprimer les intérêts de la communauté, de renforcer la coopération, de soutenir les initiatives locales, de promouvoir la justice sociale et la cohésion, et d'accroître la participation de la population. Cela démontre que la participation civique peut être assurée de manière efficace non seulement à travers les formes d'engagement politique propres aux sociétés occidentales, mais aussi par l'intermédiaire de la mahalla, du voisinage et de la délibération collective. Il s'agit là d'une harmonie singulière entre les valeurs nationales et la gouvernance moderne.

    Les transformations du Nouvel Ouzbékistan sont par ailleurs confortées par des résultats concrets reconnus par des organisations internationales. En 2022, l'Organisation internationale du Travail (OIT) a déclaré que le travail des enfants systémique et le travail forcé systémique dans le secteur cotonnier ouzbek avaient été éliminés. Les documents officiels de l'OIT indiquent que 99 pour cent des participants à la récolte de coton de 2021 ont travaillé à titre volontaire et que les cas de travail forcé dans l'ensemble des régions et districts du pays ont été réduits à un niveau négligeable ou quasi nul. Il s'agit là d'un fait d'une importance capitale : il signifie que les réformes du pays ont produit des résultats qui ne constituent pas de simples déclarations politiques internes, mais qui ont résisté à l'épreuve d'un contrôle externe et d'un audit international.

    Le renforcement des fondements juridiques constitue également une composante importante des réformes du Nouvel Ouzbékistan. Le texte actualisé de la Constitution de la République d'Ouzbékistan établit clairement que les droits et libertés de la personne sont inaliénables, qu'ils ne peuvent être restreints sans décision judiciaire, et — point essentiel — que les droits et libertés de la personne sont directement applicables. En vertu de cette disposition, le contenu des lois, l'activité des organes de l'État et d'autogestion ainsi que la conduite des fonctionnaires sont définis par ces droits. Cela signifie que la question de l'État de droit cesse d'être, dans le pays, un slogan prononcé au profit d'une image extérieure, pour devenir un principe constitutionnel. Un écart entre la norme juridique et la réalité vécue existera toujours. Mais la création d'un socle juridique visant à réduire cet écart est un facteur important qui doit être pris en compte dans l'évaluation des résultats des réformes.

    En même temps, le rapport WJP relève que l'Ouzbékistan présente encore des domaines nécessitant des améliorations. Des positions plus basses sont enregistrées notamment pour l'ouverture de la gouvernance (Open Government) et les droits et libertés fondamentaux (Fundamental Rights). Ce même rapport, toutefois, ne classe pas l'Ouzbékistan parmi les pays où des pressions sur l'indépendance du pouvoir judiciaire vis-à-vis de l'exécutif sont observées, ni parmi ceux où un affaiblissement du système de justice civile est constaté. Le tableau n'est donc pas univoque : des défis coexistent avec des acquis. Et une analyse objective se doit d'examiner ces deux dimensions conjointement.

    De ce point de vue, souligner que certains critères ne correspondent pas pleinement aux valeurs et aux traditions institutionnelles de l'Ouzbékistan ne revient pas à rejeter le classement, mais à le lire à travers le prisme de la réalité nationale. Dans les sociétés occidentales, les relations entre l'État et l'individu se sont construites selon une trajectoire historique particulière. En Asie centrale, et en Ouzbékistan en particulier, une importance particulière est accordée à la famille, à la mahalla, à la solidarité territoriale, à la responsabilité collective et à la stabilité sociale. C'est pourquoi un schéma occidental uniforme ne permet pas toujours de rendre pleinement compte du tableau d'ensemble lorsqu'il s'agit d'évaluer l'espace civique, les formes de participation publique ou l'équilibre entre l'État et la société. La voie la plus juste consiste à compléter les standards internationaux — sans les nier — par la prise en compte de l'expérience nationale et des spécificités institutionnelles.

    En conclusion, de nombreux pays à travers le monde recherchent aujourd'hui un équilibre entre tradition et modernisation, liberté et stabilité, État national et normes mondiales. L'expérience du Nouvel Ouzbékistan revêt une importance particulière en tant que modèle qui recherche et construit activement cet équilibre dans la pratique. Plusieurs de ses caractéristiques — la conciliation de la sécurité et de la tranquillité publique, la réduction des risques liés à la bureaucratie et à la corruption par la numérisation des services publics, le développement d'un mécanisme national de participation civique à travers la mahalla, la mise en œuvre de réformes reconnues à l'échelle internationale dans le domaine du travail, et le renforcement des garanties constitutionnelles — méritent une étude attentive au niveau international. En ce sens, il est plus approprié d'appréhender le Nouvel Ouzbékistan non pas comme un simple rang dans un tableau de classement, mais comme un modèle opérationnel de développement pratique. En particulier pour les États désireux de mener des réformes modernes tout en préservant leurs valeurs nationales, cette expérience ne constitue pas un modèle clé en main, mais représente une leçon précieuse et une approche dont l'application mérite d'être sérieusement envisagée.

    Jahongir Isayev, Chef de département, Centre pour le développement durable