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L'institutionnalisation du complexe hydro-énergétique en Asie centrale : facteur d'intégration régionale et de croissance durable

04-04-2026 650

Comment la coordination institutionnelle dans les secteurs de l'eau et de l'énergie façonnera-t-elle la stabilité régionale à l'horizon 2030 ?

L'eau et l'énergie en Asie centrale ont depuis longtemps dépassé le cadre des catégories sectorielles — elles constituent aujourd'hui l'infrastructure fondamentale de l'agriculture, de l'industrie, de la soutenabilité budgétaire et du climat des investissements. C'est à travers le complexe hydro-énergétique (CHE) que les risques sont répartis entre les États de la région, et c'est précisément dans ce domaine que la frontière entre intégration déclarative et rapprochement économique réel se manifeste avec le plus d'acuité.

À l'horizon 2030, la question se pose en termes d'une clarté absolue : la région est-elle capable de gérer l'interdépendance comme un actif stratégique, ou continuera-t-elle à la percevoir comme une source de crises saisonnières ?

En réalité, la région n'est pas confrontée à un déficit absolu de ressources, mais à leur déséquilibre territorial et saisonnier. Les États situés en amont disposent d'un important potentiel hydroélectrique, tandis que les pays en aval dépendent directement d'un approvisionnement en eau fiable — en particulier pour les besoins de l'irrigation. Il en résulte qu'en été la demande en eau connaît une hausse marquée, accompagnée d'une augmentation de la production hydroélectrique, tandis qu'en hiver les besoins en électricité s'accroissent alors que les ressources en eau demeurent limitées. Lorsque ces processus ne font pas l'objet d'une coordination systématique, des capacités de réserve excédentaires se constituent, la charge pesant sur la production thermique s'alourdit et les dépenses budgétaires augmentent sensiblement.

Il en résulte une sorte de « surcoût de non-coordination » que la région est contrainte d'assumer. Autrement dit, le risque institutionnel se répercute sur le coût du capital et freine le développement des infrastructures.

C'est pourquoi l'institutionnalisation du CHE constitue un instrument économique essentiel de réduction des coûts systémiques. Elle requiert non seulement un dialogue politique, mais également des mécanismes concrets et opérationnels : des règles transparentes pour le commerce transfrontalier d'électricité, des calendriers convenus pour l'équilibrage saisonnier des flux d'eau et d'énergie, des méthodologies de calcul unifiées, ainsi que des systèmes modernes de surveillance numérique.

D'un point de vue pratique, cela implique la mise en place d'un système d'équilibrage saisonnier fondé sur des mécanismes de compensation convenus à l'avance. Cette approche transforme les crises potentielles en processus économiques maîtrisables et réduit substantiellement le recours à une gestion au cas par cas en période de déficit.

Ces dernières années, le rétablissement du fonctionnement en parallèle des systèmes énergétiques d'Asie centrale a sensiblement accru la flexibilité du bilan énergétique. L'expansion des flux inter-systèmes contribue à atténuer les pics de charge saisonniers et à réduire le recours à des capacités de réserve coûteuses. L'étape suivante réside dans la création d'une plateforme numérique unifiée permettant une surveillance des flux d'eau et d'énergie en quasi-temps réel. La transparence de l'information réduit à son tour les coûts de transaction dans les négociations et renforce la confiance mutuelle.

Le lien entre le CHE et les Objectifs de développement durable revêt également une portée pratique. Les données disponibles indiquent que l'agriculture représente jusqu'à 90 pour cent de la consommation d'eau. Aussi, une amélioration de l'efficience de l'irrigation de seulement 10 à 15 pour cent permet-elle de réaliser des économies d'eau considérables sans construction de nouveaux ouvrages hydrauliques. L'introduction de méthodologies unifiées d'évaluation des pertes et de l'efficience n'est donc pas une simple question technique, mais une composante essentielle de la durabilité régionale.

Par ailleurs, l'agenda climatique accroît encore davantage l'importance des solutions institutionnelles. L'Accord de Paris et les engagements climatiques nationaux exigent l'harmonisation des politiques de l'eau et de l'énergie. C'est précisément par la coordination institutionnelle que peuvent être atteints la décarbonation de l'économie, le renforcement de la résilience à la sécheresse et l'attraction de financements verts. À cet égard, le CHE est en passe de devenir une composante indissociable de l'architecture climatique de la région.

Dans ce processus, l'Ouzbékistan joue un rôle particulier et significatif. Depuis 2018, les réunions consultatives des chefs d'État d'Asie centrale impriment une impulsion stratégique à l'agenda hydro-énergétique. Le pays promeut de manière constante la transition des approches déclaratives vers des mécanismes pratiques, notamment : le développement des éléments d'un marché régional de l'électricité, l'élargissement des interconnexions inter-systèmes, la numérisation de la comptabilité de l'eau et la modernisation des infrastructures d'irrigation. En particulier, le déploiement à grande échelle des technologies d'irrigation goutte-à-goutte et par aspersion, la réduction des pertes en eau et la mise en œuvre de systèmes modernes de surveillance apportent une contribution tangible à la durabilité, tant nationale que régionale.

L'institutionnalisation du CHE accroît également l'attractivité de la région pour les investisseurs. La constitution d'un portefeuille conjoint de projets portant sur l'intégration des systèmes énergétiques et la numérisation de la gestion de l'eau — en particulier avec la participation des institutions financières internationales — contribue à abaisser le coût du capital. Car pour l'investisseur, des règles transparentes sont synonymes de risque maîtrisable et prévisible.

Les perspectives jusqu'en 2030 dépendent directement de la profondeur des décisions institutionnelles prises. Le scénario inertiel maintiendrait une coordination fragmentée et alourdirait les coûts systémiques. Une intégration partielle atténuerait certains risques, sans pour autant éliminer entièrement la vulnérabilité systémique. Une institutionnalisation complète suppose l'adoption d'indicateurs clairs et mesurables : volume du commerce transfrontalier d'électricité, taux de numérisation des stations hydrologiques, réduction des pertes en eau et fréquence des décisions saisonnières coordonnées. C'est précisément la mesurabilité qui transforme la stratégie en un processus réellement gérable.

En conclusion, la question se résume en définitive à la qualité des institutions. Une région capable de gérer conjointement l'eau et l'énergie sur la base de règles transparentes et de mécanismes numériques bénéficiera d'un avantage compétitif considérable : baisse du coût du capital, renforcement de la résilience aux chocs climatiques et ouverture de nouvelles perspectives pour le développement industriel.

Ainsi, à l'horizon 2030, le complexe hydro-énergétique deviendra pour l'Asie centrale un indicateur déterminant — il révélera si la région a véritablement réussi à passer de la convergence des intentions à la convergence des règles. Il ne s'agit plus seulement d'une question de politique sectorielle, mais du modèle de développement stratégique de l'ensemble de la région.

Jahongir Isaev,Chef de département,Centre pour le développement durable