Centre de développement durable 

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L'humain et l'intelligence : une conversation au seuil de l'infini

15-05-2026 302

    Le XXIᵉ siècle a conduit l'humanité vers un nouveau tournant historique. L'histoire de l'humanité est une chaîne ininterrompue de recherches et de découvertes. Si la première découverte du feu fut une immense révolution, l'invention de la machine à vapeur a ouvert la voie à la civilisation industrielle. Aujourd'hui, la révolution numérique transforme en profondeur la pensée humaine, l'économie et la vie sociale. Quant à l'intelligence artificielle, elle n'est pas une simple technologie : elle se manifeste comme une force ouvrant la porte à une nouvelle civilisation intellectuelle.

    Aujourd'hui, la technologie qui se diffuse le plus rapidement dans l'histoire de l'humanité est précisément l'intelligence artificielle. Selon les rapports, l'IA se répand plus vite encore que ne l'a fait l'internet. Le fait que, au cours des trois dernières années, plus de 1,2 milliard de personnes dans le monde aient eu recours aux plateformes d'IA montre l'ampleur considérable qu'a atteinte ce processus. Des technologies qui semblaient hier encore relever de la science-fiction sont devenues aujourd'hui une part ordinaire de la vie quotidienne. Les systèmes d'IA générative tels que ChatGPT, les algorithmes de diagnostic médical, les traducteurs automatisés et les plateformes d'analyse fondées sur l'IA pénètrent profondément dans les activités quotidiennes de l'être humain.

    Nous sommes entrés dans une époque extrêmement délicate et porteuse de responsabilités. C'est une époque où l'humain crée le reflet numérique de son propre esprit.

    Comme le souligne le rapport « People and Possibilities in the Age of AI », publié par le Programme des Nations unies pour le développement (United Nations Development Programme, PNUD), l'humanité vit non seulement à l'ère des technologies, mais aussi à une époque où s'ouvrent « de nouvelles frontières du potentiel humain ». L'intelligence artificielle n'est désormais plus un simple programme ou un outil technique : elle est devenue une nouvelle réalité liée à l'économie, à la politique, à l'éducation, à la médecine et même à la pensée humaine.

    Des processus qui semblaient hier encore relever de la science-fiction sont devenus aujourd'hui une réalité de la vie. Les algorithmes rédigent des textes, reconnaissent la parole humaine, posent des diagnostics, mènent des analyses et interviennent même dans les processus de prise de décision. Si la pensée humaine était autrefois couchée sur le papier, elle se transforme aujourd'hui en code. Les données prennent la place de l'encre, les plateformes numériques celle des livres, et le stockage en nuage celle des archives.

    Ce processus ne se limite cependant pas au seul progrès technologique. Il transforme également l'économie mondiale et la géopolitique. Selon les prévisions de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (United Nations Conference on Trade and Development, CNUCED), d'ici 2033 le marché mondial de l'IA atteindra 4,8 billions de dollars. Il s'agit d'un chiffre équivalent à la taille de l'économie de l'Allemagne. La croissance principale s'observe dans les domaines des technologies en nuage, des centres de données, des puces destinées à l'IA, de l'IA générative et de la cybersécurité. Aujourd'hui, les États-Unis et la Chine contrôlent environ 86 pour cent de la capacité mondiale de calcul de l'IA. Cela signifie que l'intelligence artificielle se transforme non en une technologie ordinaire, mais en une force géopolitique.

    Or, c'est précisément ici que se pose la question la plus importante du développement : à qui la technologie sert-elle ?

    Dans le « Technology and Innovation Report 2025 », l'idée d'une « Inclusive Artificial Intelligence for Development » — une « intelligence artificielle inclusive » — est avancée comme principe directeur. L'essence de cette idée est que l'intelligence artificielle ne doit pas demeurer une arme entre les mains des seuls géants technologiques ou des États riches. Elle doit servir aussi bien le village le plus reculé du monde que la personne aux possibilités limitées et les pays en développement.

    Car, à l'avenir, la richesse se mesurera non au pétrole ou à l'or, mais aux données, à l'innovation et au capital intellectuel.

    Aujourd'hui, le monde vit au cœur d'une nouvelle course numérique. L'État qui dispose d'une puissante infrastructure d'IA, d'une vaste base de données et d'un personnel numérique détiendra également la suprématie économique de demain. Selon les rapports, les États pourraient à l'avenir se diviser en « créateurs d'intelligence artificielle » et « consommateurs d'intelligence artificielle ».

    Cela confronte l'humanité à un autre danger : l'inégalité numérique. À l'heure actuelle, près de 4 milliards de personnes dans le monde ne peuvent participer pleinement à l'écosystème de l'IA. La raison en est l'accès limité à l'internet, à l'électricité et à l'éducation numérique. Tandis que le taux d'adoption de l'IA s'élève à 23 pour cent dans les pays à revenu élevé, il demeure aux alentours de 13 pour cent dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Le PNUD qualifie ce processus de « The Next Great Divergence » — la « prochaine grande divergence ».

    Alors que, dans les États développés, les algorithmes gouvernent l'économie, dans certains pays la possibilité d'un accès complet à l'internet demeure limitée. Tandis qu'en certains lieux les enfants apprennent la robotique, dans d'autres régions même la simple culture numérique reste un problème. Par conséquent, le nouveau défi social du XXIᵉ siècle est la possibilité d'un accès égal à la technologie.

    À ce point, la question de l'humain lui-même revient à l'ordre du jour.

    L'intelligence artificielle calcule. Mais elle ne peut éprouver de sentiments. Elle analyse. Mais elle ne ressent pas les tourments de la conscience. Elle écrit. Mais elle ne sait pas ce qu'est la nostalgie.

    Aussi rapide que soit un processeur, il ne peut saisir pleinement l'amour maternel, la souffrance humaine ou l'inspiration créatrice. Le caractère irremplaçable de l'être humain réside précisément en cela : dans sa spiritualité.

    C'est pourquoi, dans les rapports de l'ONU, la question du développement numérique est étroitement liée au capital humain. L'enjeu principal n'est pas de remplacer l'humain par la machine, mais d'élargir les capacités de l'humain. La machine calcule ; l'humain, lui, donne du sens.

    La vérité est que l'intelligence artificielle peut transformer des millions d'emplois. Certaines professions disparaîtront, de nouveaux domaines apparaîtront. Selon les recherches du PNUD, près de la moitié de la population mondiale estime que son travail pourrait être automatisé. Toutefois, 60 pour cent des personnes croient que l'IA créera de nouveaux emplois. Seuls 13 pour cent des personnes ont exprimé la crainte que l'IA puisse aggraver le chômage. Cela montre que l'humanité a commencé à percevoir l'IA non comme un rival, mais comme une possibilité.

    Parmi les professions à la croissance la plus rapide figurent des domaines tels qu'ingénieur en IA, spécialiste des données, analyste en cybersécurité, architecte en nuage et ingénieur en prompts. Le monde a désormais besoin moins du travail physique que de la pensée analytique, de la culture numérique et de la pensée créative. La richesse la plus précieuse du XXIᵉ siècle, c'est le savoir.

    Le Rapport sur le développement humain de 2025 (Human Development Report) a révélé une autre tendance préoccupante : après la pandémie, la croissance du développement humain a fortement ralenti, et en 2024-2025 la croissance du développement humain mondial est tombée à son niveau le plus bas depuis 1990. Cela signifie que le monde lutte simultanément contre les crises économiques, les tensions géopolitiques, les problèmes climatiques et les déséquilibres technologiques.

    Dans le même temps, l'IA crée des possibilités sans précédent dans les domaines de l'éducation et de la médecine. Dans les pays à niveau de développement humain faible et intermédiaire, 70 pour cent des habitants estiment que l'IA accroît l'efficacité du travail. Beaucoup prévoient d'utiliser l'IA dans l'éducation, la médecine et les processus de travail au cours des prochaines années. Aujourd'hui, l'IA développe le diagnostic précoce en médecine, l'enseignement individualisé dans l'éducation, l'analyse prédictive dans l'agriculture et les systèmes de gouvernance intelligente (smart governance) dans l'administration publique.

    Pour l'Asie centrale également, ce processus revêt une importance extrêmement grande. Car l'économie de l'avenir s'appuie non sur les ressources naturelles, mais sur la technologie et l'intelligence. Enseigner l'IA, la science des données et la cybersécurité dans les universités est un investissement dans le développement de demain. La numérisation de l'administration publique, quant à elle, renforce la transparence et l'efficacité.

    Toutefois, le progrès technologique ne doit pas l'emporter sur les valeurs humaines.

    Car si l'intelligence artificielle amplifie l'injustice, transforme l'humain en objet de contrôle ou sert un colonialisme numérique, le progrès peut se muer en crise spirituelle.

    Aujourd'hui, l'humanité se trouve devant un choix historique : l'avenir sera-t-il déterminé par les algorithmes ou par la pensée humaine ?

    La réponse est simple, mais lourde de responsabilité : celui qui gouverne la technologie crée aussi l'avenir.

    C'est pourquoi la plus grande tâche de notre temps est de faire en sorte que l'intelligence artificielle serve les intérêts de l'humain. L'avenir réside non dans la rivalité de l'humain et de la machine, mais dans leur harmonie. Car la véritable valeur de la technologie ne réside pas dans sa puissance, mais dans l'ampleur du bénéfice qu'elle apporte à l'humanité.

    Elyorjon Saminov Directeur du Centre pour le développement durable