Aujourd'hui, la puissance des États ne se mesure ni aux richesses de leur sous-sol ni aux technologies modernes, mais avant tout au capital humain — au niveau de connaissances, au savoir-faire professionnel, à la capacité d'innover et de s'adapter rapidement au changement. C'est pourquoi le système éducatif n'est plus un simple secteur social : il est devenu un facteur stratégique garantissant le développement économique du pays, sa sécurité nationale et sa compétitivité internationale.
Ce n'est pas un hasard si les Objectifs de développement durable de l'Organisation des Nations unies (ONU) désignent parmi les priorités la garantie d'une éducation de qualité et inclusive ainsi que l'instauration du principe du « lifelong learning », c'est-à-dire l'apprentissage tout au long de la vie. Pour de nombreux pays du monde, il ne s'agit pas d'une simple déclaration, mais d'un programme quotidien de développement national.
L'Ouzbékistan mène lui aussi des réformes cohérentes dans cette direction. En particulier, la stratégie « Ouzbékistan 2030 » et le programme de coopération avec l'ONU reconnaissent l'éducation comme un facteur de formation du capital humain et comme le fondement solide de l'« économie de la connaissance ».
Le président Chavkat Mirzioïev a souligné à maintes reprises que tout investissement dans l'éducation constitue l'investissement le plus sûr dans l'avenir du pays. Lors de la Conférence mondiale de l'UNESCO sur l'éducation et la protection de la petite enfance, tenue à Tachkent, le chef de l'État a décrit les éducateurs des établissements préscolaires, les enseignants des écoles, le corps professoral de l'enseignement supérieur et les représentants de la science comme les quatre maillons indissociables de la Nouvelle Renaissance. Cette approche confirme une fois de plus que le socle intellectuel du développement du pays est bâti précisément par les acteurs de l'éducation et de la science.
En effet, la véritable valeur de toute réforme ne se mesure pas au nombre de décisions adoptées ou de programmes lancés, mais au savoir-faire professionnel, au dévouement et à l'esprit d'initiative des pédagogues qui les mettent en œuvre.
Ces dernières années, le système éducatif du pays a connu des changements qualitatifs considérables. Le nombre d'écoles d'enseignement général a dépassé les 10 000, le réseau d'établissements d'enseignement supérieur s'est élargi, et un vaste travail a été accompli en matière de numérisation de l'éducation, de développement d'un environnement inclusif et d'actualisation des normes éducatives de l'État.
Les résultats obtenus dans le domaine de l'éducation préscolaire méritent une attention particulière. Alors qu'en 2016 le taux de couverture des enfants par la préparation à l'école s'élevait à 28 %, il a atteint 84 % en 2024. Le taux de scolarisation en maternelle des enfants de trois à six ans est passé de 20 % à 69 %, ce qui a été reconnu comme l'un des rythmes de croissance les plus élevés au monde. Aujourd'hui, plus de dix mille écoles et des milliers d'établissements préscolaires publics, privés et familiaux fonctionnent dans la république, accueillant plus de 2,4 millions d'enfants. Ces transformations systémiques ont également été saluées par l'UNESCO comme un exemple réussi de réformes globales et cohérentes.
L'expérience mondiale révèle cependant une autre vérité essentielle. Construire de nouveaux bâtiments scolaires, équiper les salles de classe des technologies les plus modernes ou introduire des programmes d'études avancés ne garantit pas, en soi, la qualité de l'éducation. Si l'acteur principal du processus éducatif — l'enseignant — reste hors du champ d'attention, aucune réforme ne produira les résultats escomptés.
Car même la technologie la plus avancée ne saurait remplacer le pédagogue capable de trouver le chemin du cœur de l'enfant et d'y faire naître le désir d'apprendre, la pensée autonome et le sens des responsabilités.
La Finlande, Singapour, l'Estonie, la Corée du Sud et le Canada ont obtenu des résultats remarquables en éducation par des modèles différents. Chacun de ces pays a bâti son système éducatif à partir de ses traditions et de ses besoins nationaux. Mais une règle commune les unit tous : la qualité de l'éducation est déterminée avant tout par la qualité de l'enseignant.
En Finlande, l'enseignement compte parmi les professions les plus prestigieuses. L'État a renoncé au contrôle excessif et à la bureaucratie, accordant aux pédagogues une large liberté académique. L'enseignant choisit lui-même sa méthode pédagogique, mène des recherches, perfectionne régulièrement ses compétences et assume personnellement la responsabilité des résultats scolaires de ses élèves.
À Singapour, le développement professionnel continu de l'enseignant constitue une priorité de la politique de l'État. Chaque pédagogue y suit une formation continue annuelle ; toutefois, ce processus n'est pas organisé en vue de l'obtention d'un certificat formel, mais sur la base de la trajectoire de développement individuelle de chaque spécialiste.
L'Estonie figure parmi les leaders mondiaux de l'éducation numérique. Ce pays a commencé ses réformes non par l'achat d'ordinateurs, mais par le renforcement des compétences numériques des enseignants. La technologie est ainsi devenue non pas une fin en soi, mais un outil efficace au service de la qualité de l'éducation.
Ces expériences revêtent une grande importance pour l'Ouzbékistan. Les technologies numériques y sont déployées, l'approche du système éducatif évolue, la coopération internationale s'élargit. Mais le succès des réformes se mesure non pas au nombre de nouveaux projets, mais au degré de liberté et de maturité professionnelle que ressent l'enseignant lui-même.
Car les exigences posées au pédagogue d'aujourd'hui sont entièrement nouvelles. Il doit maîtriser parfaitement les technologies numériques, savoir travailler en fonction du niveau de compréhension des élèves, agir efficacement dans un environnement éducatif inclusif et développer chez ses élèves la pensée critique, la littératie fonctionnelle et les compétences du XXIᵉ siècle.
Une question essentielle se pose toutefois : le système actuel prépare-t-il suffisamment l'enseignant à ces changements ?
C'est précisément là que se manifeste la principale contradiction interne des réformes éducatives actuelles. D'un côté, les exigences relatives à la qualité du personnel enseignant augmentent. De l'autre, le travail administratif continue d'absorber une part considérable du temps et de l'énergie de l'enseignant. Malgré les mesures concrètes prises pour libérer les pédagogues des tâches étrangères à leur activité professionnelle, ce problème n'a pas été entièrement résolu dans certains établissements d'enseignement.
Il en résulte un paradoxe. On exige du pédagogue de la créativité, une approche individualisée de chaque élève et un usage efficace des technologies numériques. Mais sa ressource la plus précieuse — le temps nécessaire à une préparation minutieuse des cours — fait défaut. Les études internationales le confirment également : lorsque l'enseignant est absorbé par la paperasserie au lieu de travailler avec ses élèves, la qualité de l'éducation baisse inévitablement.
L'école d'aujourd'hui n'est plus seulement en concurrence avec les manuels, mais aussi avec Internet, l'intelligence artificielle et un flux d'information sans limites. Le rôle de l'enseignant s'en trouve transformé. Il n'est plus un transmetteur d'information, mais l'organisateur du processus d'apprentissage. Sa mission principale est d'apprendre à l'enfant à acquérir des connaissances de manière autonome, à analyser, à penser de façon critique et à coopérer efficacement en équipe.
Comment aider l'enseignant dans ce processus ?
Naturellement, par un système moderne de développement professionnel continu.
Dans le monde d'aujourd'hui, les cours de perfectionnement devenus de simples formalités cèdent la place au mentorat, aux communautés d'échange, au partage des meilleures pratiques et aux programmes de développement personnel. Le jumelage des jeunes spécialistes avec des mentors, l'apprentissage mutuel entre pédagogues et la création d'un environnement de progression professionnelle continue deviennent des composantes indissociables du système éducatif. C'est alors seulement que la formation continue devient un véritable instrument de montée en compétences.
Dans un avenir proche, la nouvelle étape des réformes éducatives sera liée à l'intégration efficace de l'intelligence artificielle dans le processus d'apprentissage. Dans la pratique mondiale, l'intelligence artificielle est déjà devenue une assistante fiable de l'enseignant : elle facilite de nombreuses tâches telles que la préparation des plans de cours, la correction automatique des tests ou l'analyse du niveau d'assimilation des élèves. Mais aucune technologie ne saurait remplacer la bienveillance du pédagogue, son expérience de vie, son intuition et la communication sincère propre à l'être humain. La grande tâche qui se présente à nous consiste donc à introduire la technologie non comme une rivale de l'enseignant, mais comme un outil élargissant les capacités du pédagogue.
L'analyse de la stratégie « Ouzbékistan 2030 » et des meilleures expériences internationales montre qu'à l'étape suivante, une attention particulière devra être portée aux priorités ci-après.
Avant tout, les critères d'évaluation du travail de l'enseignant doivent être profondément renouvelés. L'enseignant doit être évalué non pas d'après le nombre de rapports produits, mais sur la base de la qualité des connaissances, du développement et des résultats scolaires de ses élèves.
Deuxièmement, il est nécessaire de libérer entièrement les pédagogues de toutes les tâches administratives superflues et de la paperasserie. Le travail essentiel de l'enseignant, c'est d'enseigner.
Troisièmement, le système de formation continue doit être organisé de manière ciblée, ininterrompue et adaptée aux besoins de chaque pédagogue, en accordant la priorité à la pédagogie numérique, à l'éducation inclusive et au développement des compétences du XXIᵉ siècle.
Parallèlement, l'avis des enseignants praticiens doit jouer un rôle décisif dans l'élaboration de la politique éducative. Car les idées les plus efficaces naissent non pas dans les bureaux des ministères et des administrations, mais dans l'expérience des pédagogues dévoués qui travaillent chaque jour, face à face, avec les enfants dans la salle de classe.
Car le véritable auteur de toute réforme, comme sa principale force motrice, c'est l'enseignant.
Muslim Ergashbayev,
expert du Centre pour le développement durable
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